
Le film de Gillo Pontercorvo décrit la bataille d’Alger qui opposa les parachutistes français de la 10ème D P et les forces du FLN. Ce film raconte l’une des batailles de la guerre d’Algérie.
Outre son réalisme proche du documentaire ou de reportage d’époque ce film est devenu un classique qui inspira plusieurs cinéastes dont Stanley Kubrick et surtout Paul Grengrass et Paul Travis pour « Bloody Sunday » et « Omagh ». "La Bataille d'Alger" est aussi un film qui possède l'une des meilleures reconstitutions.
Résumé pris sur la jaquette du DVD:
"Début 1957, la 10ème division parachutiste du général Massu se vit confier la mission de s'installer dans Alger et de mettre fin par tous les moyens
au terrorisme urbain.
"Tenus de se substituer à la police, les paras livrèrent ce qu'on allait appeler "la bataiile d'Alger". Affranchis des règlements, ils démantelèrent en quelques mois tous les réseaux, rendant la
paix à Alger.
Pour obtenir si vite un tel résultat, ils durent parfois se salir les mains. d'ou la campagne contre la torture qui allit ecorter leur victoire."
La genèse
Gillo Pontercorvo et son scénariste Franco Solinas s’étaient intéressés à l’époque à la guerre d’Algérie. Ils eurent envie de faire un film de cette bataille s’intitulant « Paras ». C’est en se
renseignant pendant de long mois en interrogeant les algériens et les anciens paras que les 2 hommes feront la connaissance de Saadi Yacef : ancien leader du FLN à Alger et auteur du livre «
Mémoire de la Bataille d’Alger ». C’est grâce à cette rencontre des 3 hommes que le film se montera. Il faut signaler que Saadi Yacef a monté la première société de production algérienne après la
guerre « Casbah Films » (co-productrice fu film avec Igor Film-Rome)
Grâce au soutien de Yacef Saadi et de la population algérienne le film sera tournée sur les lieux de la bataille. Nous sommes en 1965. L’énorme phase de recherche (environ 1 an) permettra de
finaliser le scénario en 2 mois.
La pré-production
Le scénario terminé il faut maintenant s’occuper du casting. Saadi Yacef interviendra pour aider à recruter les comédiens. L’idée de Gillo Pontercorvo était de recruter des personnes avec un
visage cinégénique et proche du personnage qu’ils interprétaient. Ainsi il n’y aura qu’un acteur professionnel Jean Martin (il a signé le manifeste des 121 s’opposant à la Guerre d’Algérie) qui
interprète le Colonel des paras Mathieu. Saadi Yacef interprète son propre rôle. Les autres comédiens sont des inconnus : Brahim Haggiag est Ali La pointe (regarder son regard), Samia Kerbash est
Fathia, Fusia El Kader est Hassiba…
Grâce aux connaissance de Saadi Yacef le casting se déroulera en peu de temps (4 jours)
C’est le contraire qui se produira pour la photographie. Le réalisateur dira « Nous avons mis 1 mois et 5 jours pour trouver le genre de photos à utiliser.
Le film
Dans le but de filmer son film comme un reportage Gillo Pontecorvo utilisera la caméra à l'épaule mais surtout incrustera sur l’écran des titres en blanc ou figurent les dates, les lieux
comme un documentaire d’époque. Le parti pris sera de montrer la souffrance morale des algériens qui étaient considérés à l’époque comme des sujets français et non comme des citoyens
français.
Mais la réussite de « La Bataille d’Alger est d’avoir su retranscrire la tragédie notamment grâce à la musique élaboré par le réalisateur et composée par Ennio Morriconne.
Il en résulte des scènes poignantes, tristes et dures (les explosions, les scènes de torture).
La première scène du début montre un algérien qui a été torturé par les militaires français. Epuisé et mort de peur l’homme ne peut se tenir debout ou presque. Le colonel Mathieu arrive, lui
relève la tête et lui dit :
« Allons du cran, c’est fini. Il ne peut plus rien t’arriver. Un petit effort. Est-ce que tu peux te tenir debout ? Lâchez-le ».
Tiens, met-ça (un uniforme de paras). L’algérien le regarde. « ça t’ira très bien »
Maintenant on va aller à la Casbah et ils ne pourront pas te reconnaître. Tu as compris ? Tu vas nous indiquer l’endroit ou se trouve Ali La Pointe. Après tu seras libre. Donnez-lui une casquette
et habillez-le.
Intégration rigole Laglois.
Gros plan sur l’algérien qui est entouré de soldats. L’homme au regard triste tourne la tête en direction de la caméra. C’est alors qu’il crie Non. Puis après commence le générique avec le tire
du film.
Cette scène d’introduction démontre la situation que vivent les algériens l’oppression, l’inégalité face aux européens.
Mais c’est aussi une dénonciation de la torture utilisée par les paras. L’image internationale des pays des droits de l’homme en prend pour son grade.
En fait le film après cette scène d’introduction un flash-back sur les évènements antérieurs à la Bataille D’Alger soit en 1954. Pendant cette année la violence explosera par le meutre de
policiers français et des attentats à la bombe. Un de ces attentas sera commis par des « ultras » dont un policier opposé à la politique de Paris (une dénonciation du pouvoir centralisateur).
Dans cette scène un commissaire dicte son rapport sur les meurtres des policiers. Accoudé à la fenêtre il tourne le dos à la caméra qui s’avance vers lui comme si on entendait une confession
:
« Pour Paris, la solution c’est de quadriller, renforcer les postes de police, boucler les rues, tout ça j’y crois pas. »
En fin de compte après l’explosion des bombes dans le quartier européen et dans la Casbah Gillo Pontercorvo utilisera la même musique tragique pour souligner la mort d’innocents des 2 côtés.
Appuyé par une musique qui souligne la tension (la femme qui passe les barrages, le colis déposé) un plan montrera un enfant européen léché une glace dans le bâtiment ou a lieu l’explosion.
La torture
Outre le fait que certains politiques, pieds-noirs, et militaires bannirent ce film en France pour son sujet sensible (l’Algérie était une région française), c’est aussi le problème de la torture
qui sera évoqué et « justifiée » par le Colonel Mathieu (pour avoir des résultats et faire baisser le nombre d’attentats que l’on voit sur un tableau) dans la conférence de presse.
« Essayons d’être précis. Le mot torture n’apparaît pas dans nos directives. Nous avons toujours peint les interrogatoires en tant que seule méthode valable pour une action de police contre une
organisation terroriste clandestine. Le problème est : le FLN veut nous chasser d’Algérie et nous nous voulons y rester. Or maintenant, il me semble qu’avec même des nuances légères, vous êtes
tous daccord que nous devrons y demeurer.
Pour être précis, à mon tour de poser la question. La France doit-elle rester en Algérie ? Si vous répondez encore oui, vous devez en accepter toutes les conséquences nécessaires.
Juste après les actes de torture commencent avec une musique funéraire d’un orgue sous le regard froid et triste d’une femme algérienne (elle a sûrement été violée) mais aussi le regard des militaires assistant à ces scènes. Une scène très dure à suivre
La politique
Le réalisateur a parfaitement retranscris l’opinion politique de l’époque. Le colonel Mathieu au moment de la grêve insurrectionnelle critique l’ONU qu’il juge lointaine et le soutien vacillant
comme une toupie de la politique de Paris. On sent même que ce dernier demandera aux journalistes d’appuyer l’armée en favorisant la propagande. On retrouvera des propos quasi-similaires du
Général britannique dans « Bloody Sunday » : « La propagande c’est important.
Le film est une lutte contre le colonialisme. On voit deux scènes après l’explosion dans un hippodrome ou un garçon se fait tabasser par des européens le jugeant responsable. Pour eux tous les
algériens sont des coupables. Et cet enfant doit « payer » pour les autres.
Une autre scène montrera un mendiant âgé qui se trouve dans les riches quartiers d’Alger se faire insulter et accuser par les français.
Dans cette scène on voit bien la différence du niveau de vie entre les français et les algériens.
Les français sont riches, vivent dans des immeubles avec des terrasses, vivent dans des rues larges et regardent de haut les algériens.
Comme le disait l’historien Benjamin Stora la Casbah est devenu une sorte de ghetto au fur et à mesure de la colonisation. On peut voir aussi l’unité et la détermination des algériens pour obtenir leur indépendance.
Il exprimera la victoire militaire de la Bataille d’Alger mais la défaite politique (6 mois après naîtra la 5ème république)
La musique
Gillo Pontercorvo exprime son regret de ne pas être devenu compositeur. Ce qui n'est pas un inconvénient pour la réalisation. IL sifflera les thèmes propres à chaque camp ou situation (les
algériens, les militaires, les morts, le suspense). C'est Ennio Morriconne qui finalisera et la musique.
Une musique qui mériterait des récompenses; vous vous souvenez de l'anecdote du producteur d'"Il était une fois en Amérique" pour la musique ? Pour vous faire une petite idée regarder la BA US de
"LA Bataille d'Alger"
Les récompenses
Le film sortira sur les écrans algériens puis peu après sera présenté au Festival de Venise de 1966. Il remportera le lion d’Or et le prix de la critique internationale.
Il sera nominé aux oscars pour la catégorie « Meilleur film étranger », « Meilleur réalisateur » et « Meilleur scénario ». Il obtiendra un grand succès public et critique en dans de nombreux
pays.
Une diffusion tardive en France
Le souvenir de cette bataille mais surtout de l’indépendance d’Algérie était un sujet sensible au moment de la sortie française. Le film obtiendra son visa d’exploitation en 1971 mais la
polémique relancée par le journal « Aspects de la France », les anciens rapatriés, les anciens militaires freinera sa diffusion dans les quelques salles proposant « La Bataille d’Alger ».
Certains propriétaires de salles de cinéma ont été menacés d’attentats à la bombe. Face à cette insécurité les exploitants retireront le film.
En août 2003 le film sera diffusé au Pentagone pour afin de trouver une solution à la guerre en Irak. Janvier 2004 le film ressortira aux USA et ce sera un succès 500 000 $ de recettes. EN mai
2004 il sera présenté au Festival de Cannes dans la collection « Cannes Classics » comme « Au delà de la gloire » version rallongée et « La rage du tigre » (et je m’excuse d’avoir mis ce film en
flop 20 sur un forum, j’ai mieux compris quand j’ai vu les bonus et que j’ai revu le film).
Peu de temps après le Festival de Cannes le film sort sur les écrans français (38 ans après sa sortie en 1966).
J’ai découvert ce film lors de sa diffusion sur Arte en novembre 2004. J’avoue je n’ai pas aimé la première fois. J’étais sûrement ignorant sur l’histoire. Et puis je l’ai vu sur une petite TV qui captait mal (l’excuse bidon, lol). Lorsque je l’ai revu hier j’ai mieux apprécié ce film. Un classique mais un film qui relate une histoire de France peu glorieuse, qui donne la parole aux algériens.
Un grand film.
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